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Notre Mer du Nord se réchauffe-t-elle ?

   

Depuis quelques mois et voire quelques années, le sujet du changement climatique est sur beaucoup de lèvres. Récemment, plusieurs scientifiques européens remettent le couvert en diffusant des rapports sur des études dédiées à la Mer du Nord. Ces études tentent de démontrer que la faune marine change en Mer du Nord et que cela est probablement un effet secondaire de son réchauffement.

A l'initiative de cet article, on retrouve un communiqué du 21 octobre 2006 du professeur Harald Asmus de l'Institut Alfred Wegener de Bremerhaven. Ce dernier a identifié des espèces provenant du Golfe de Gascogne et de la Méditerranée aux alentours des îles Frisonnes, au nord des Pays-Bas et de l'Allemagne. Cela semble aussi accompagné d'une régression des espèces indigènes.

« Et si le réchauffement de la Mer du Nord persiste, ce processus ne peut que se poursuivre , Ces 18 dernières années, la température maritime s'est lentement réchauffée. Il s'agit de la plus longue période de réchauffement constatée depuis que les données sont relevées, soit depuis 130 ans » souligne ce spécialiste allemand.

S'il est acquis que la température de la Mer du Nord a fluctué d'une décennie à l'autre durant les deux derniers siècles et que ce phénomène semble plus marqué, à la hausse, sur nos côtes belges depuis 1980 environ, il faut toujours remettre cela en perspective avec d'autres paramètres. Le premier est certainement la variation de la pression de la pêche et le second les fluctuations naturelles des populations de poissons et autres plantes dues aux variations normales de l'écosystème.

Toutefois, en approfondissant le sujet et en prenant contact avec d'autres océanologues qui se penchent sur cette question, le faisceau de preuves démontrant un changement d'occupation des fonds marins, de nos ports ou de nos côtes s'épaissit.

D'une part nous pouvons cités le cas de l'huître creuse du Pacifique (Crassostrea gigas) qui n'a certainement pas migré seule dans nos eaux mais est plus que probablement arrivées accidentellement par la main de l'homme (aquaculture ou dissémination dans l'eau de ballast des navires commerciaux). Ce mollusque aurait dû disparaître aussitôt arrivé car la température moyenne de la Mer du Nord est peu propice à sa vie et sa reproduction. Aujourd'hui, en se baladant sur les pontons de nos ports de plaisance, à marée basse, on peut difficilement ne pas la remarquer !

D'autre part, une analyse faite en 2004 déjà sur la bien connue et appréciée crevette grise (Crangon crangon) soutient la thèse du réchauffement. En effet, il est démontré que la pression commerciale de pêche n'a pas augmenté (de part des quotas européens très maîtrisés et contrôlés). Cette étude n'en conclut pas moins que la quantité disponible et donc pêchée a fortement diminué dans la partie méridionale de la Mer du Nord c'est-à-dire principalement sur la côte belge et française. Il semblerait que la limite sud de l'aire de répartition de cette espèce se déplace petit à petit vers le Nord.

De façons moins scientifiques mais plus palpables, de nombreux plaisanciers belges rapportent des observations en mer qui pourraient appuyer cette conclusion. Il devient de moins en moins rare de croiser des dauphins à quelques miles de nos côtes ces dernières années. D'autres marins s'inquiètent aussi de voir des fous de bassan en face d'Ostende ou de Nieuport. Cet oiseau n'était observable qu'au sud du Cap Gris Nez, il n'y a pas plus de 3 ans … car il nécessite des côtes rocailleuses pour nicher et décoller. Ces 2 espèces seraient-elles obligées d'étendre leur zone de chasse pour subvenir à leur besoin ? On sait que le dauphin s'adapte facilement à beaucoup de milieu et que donc la température de l'eau n'est probablement pas le critère principal de son déplacement. Mais il est facile de penser que ce mammifère marin suit sa nourriture et la trouve plus difficilement.

Ces changements impliquent aussi, comme énoncé plus haut des disparitions d'espèces habituellement observées et commercialement utilisées sur nos côtes comme le cabillaud, l'aiglefin ou le flétan. Quel sera l'impact de cela sur nos économies ?

La revue américaine Science du 3 novembre de cette année publie les résultats alarmistes d'une étude nous annonçant la disparition quasi-totale des poissons pour 2050 ! On retrouve à nouveau pour cause de cette prévision la pollution et la sur-pêche. A ce jour, 29% des espèces de poissons et de crustacés sont en passe de disparaître. Boris Worm, un des co-auteurs de cette étude, confirme que le cabillaud aurait déjà atteint son point de non retour. Et il ajoute que la sécurité alimentaire mondiale semble fortement compromise dès 2048 sans modification profonde de notre comportement vis-à-vis de l'environnement. Ces propos ont de suite été relativisés par la FAO (Organisation mondiale pour l'Alimentation et l'Agriculture) qui demande à ce que cette étude soit approfondie et validée par la communauté scientifique.

En Belgique, en 2004, l'UGMM (Unité de Gestion du Modèle Mathématique de la Mer du Nord) s'est déjà penchée sur ce sujet à la demande de Greenpeace et tirait via son collaborateur Francis Kerckhof des conclusions similaires. Concrètement, il souligne que l'état des connaissances scientifiques sur le réchauffement de l'eau et son influence sur la faune et la flore marine est faible. Toutefois, il met en avant, comme d'autres experts, l'apparition anormale de certaines espèces dans nos eaux. En plus de l'huître géante du Pacifique citée plus haut, il parle des balanes (Balanus amphitrite) qui à la base est une espèce d'eau chaude uniquement observée en Méditerranée.

De manière générale, les experts s'accordent à dire qu'aujourd'hui, sur le court terme, le réchauffement de 1 à 2°C d'ici 2050 de notre Mer du Nord, n'apporteront pas de changements majeurs sur les espèces existantes ou celles venant du Sud. Tout au plus, l'ensemble de l'écosystème réagira et on pourra constater des déplacements géographiques vers le Nord. Ce qui aura bien entendu une influence sur la pêche et donc notre économie alimentaire. Ceci pouvant mener à un effet boule de neige si nous ne prenons pas garde à réduire toutes nos actions ayant un effet sur les changements climatiques.

Il est donc primordial et urgent, de la parole de tous, de continuer à débattre sur ce sujet et de donner des moyens importants à la recherche océanographique et climatologique pour mieux étudier ces phénomènes. Ceci nous permettra au plus vite de tirer les conclusions et d'agir au mieux à la préservation de notre planète.

Quelques liens internets :

* http://www.yachtingsud.be
* http://www.mumm.ac.be




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